Il est des drames humains qui prennent avec le temps une dimension nouvelle : celle de l’imagination et du rêve. Les champs de batailles éventrés par les cratères de bombe nous font souvent penser à la gigantesque palette d’un peintre. Les impacts de balles sur les murs d’un village martyr, tracent parfois les contours d’un dessin dramatique et laissent la pensée s’évader vers des images de mort ou d’espoir.

Les pièces torturées des avions ou des hélicoptères qui se sont écrasés sur les flancs du mont Blanc ou sur les séracs du glacier des Bossons, contiennent aussi leur part de rêve. C’est elle que Josée De Vérité a choisi de restaurer dans une quête inlassable des déchets de ces drames à travers les crevasses, les moraines et les pierriers qui plus d’un demi-siècle après, charrient encore les cauchemars enfermés dans les glaces.

A Chamonix, de sa terrasse, Josée a toute l’année devant elle le spectacle du glacier qui avance et fond inexorablement, charriant avec lui l’histoire des hommes et du massif. Celui qui contemple ces débris de tôle ou de moteur peut facilement se replacer dans le drame vécu par les deux alpinistes Vincendon et Henry pour qui la carcasse d’un hélicoptère venu les secourir aura servi de tombeau, ou retrouver le souvenir des passagers du Malabar Princess.

Les formes prises par ces débris de toute sorte avec le temps et la puissance du glacier qui les a broyés, écrasés, pliés, sont une porte ouverte à l’imagination. Josée De Vérité les transforme en sculptures et en œuvre d’art. Il faut saluer son travail et sa recherche.

 

Philippe Rochot

Grand Reporter

France 2