Josée Devérité Mermoud , quitte sa Picardie natale en 1984 pour s’établir dans la vallée de Chamonix dont elle est tombée en amour lors d’un voyage dans les années 1970. Sportive et curieuse, elle arpente les glaciers. Alors qu’elle escalade le glacier des Bossons, elle découvre, affleurant la neige inaltérée, des objets, morceaux de plastique, de ferraille.

3 novembre 1950 : Le Malabar Princess, Super Constellation d’Air India assurant le vol Bombay/Londres.

26 décembre 1956 : Un Sykorski s’écrase pour le secours de Vincendon et Henry.

24 janvier 1966 : Le Kanchenjunga, un Boeing 707 d’Air India, percute l’arête sommitale du Mont-Blanc.

Peu à peu elle va extraire ces débris, les collectionner mais toujours avec une pudeur respectueuse comme si elle dévoilait des indécences; Puis elle en fera les matières et les sujets de ses sculptures.

Ces fragments d’avions, que rejette le glacier sous le stress de la nouvelle chaleur planétaire, expriment doublement l’angoisse de la mort et de la destruction : Ils nous rappellent que nos précieuses technologies sont sujettes à l’accident, à la panne imprévue, à la mort irréfragable, tout comme nos corps transitoires, mais aussi nos défaillances ici techniques, nous sont révélées par les brusques mutations de notre environnement.

Et ici, comme toujours, l’art émerge pour conjurer le destin. En conférant une vie nouvelle à ces fragments d’acier, c’est tout notre réel qui s’élève, se fragmente et nous rend libres de l’interpréter à la mesure de notre regard. Le travail de la sculpture émancipe, il nous rend la vie pensable par delà les angoisses du réel. C’est cela l’art de Josée DEVERITE.

Valérie RAUCHBACH

Artiste Peintre,

Professeur d’Art Plastique à l’école Nationale Supérieure d’Architecture

Paris-Val de Seine.