Josée nous connait, elle nous connait si bien qu’elle a épousé l’un d’entre nous.
Aussi bien que cette montagne qu’elle a humée, reniflée, reconnue avant de se donner à elle pleinement, comme nous l’avons fait nous-mêmes pendant tant d’années.

Elle en a payé tous les prix ; humains, psychologiques, la rumeur comme les douleurs.
Et de tout cela elle a acquis un droit, celui de témoigner, de transmettre, presque d’assener tant son message est fort..

Nous savons bien, aux commandes de nos aéronefs infimes, ce que signifie l’immensité du massif. Nous savons à quel point il est vaniteux de vouloir s’y mesurer, même pour sauver des vies, en ravitailler d’autres, construire ou agir d’une façon ou d’une autre pour le bien de ce que l’on appelle encore l’humanité.
Nous y amenons nos Alouette, nos Lama, et autres engins qui en deviennent autant d’êtres vivants. Des machines que nous maîtrisons, tout autant qu’elles maitrisent elles-mêmes nos vies, nos intégrités physiques et nos destins.

« Malabar Princess » 1950, « Kachunjunga » 1956, « Sykorski » Vincendon et Henry 1959.

Des amas de technologies, d’aluminium, de bakélite  où de câbles ? Pas seulement.
Ces formes faites pour le ciel ne répandent pas que du carburant ou de l’huile lorsqu’ils vont au sol. Elles ne tombent pas pour un film hollywoodien, là ou l’on dit ‘coupez’ et que les morts se relèvent.
Là-haut, elles se fracassent pour toujours ; de leurs histoires, on ne peut rien gommer.

De ces ferrailles tordues, de ces chairs perdues, nait alors une âme commune - quand ce n’est pas une légende – qui réunit de manière fusionnelle engins comme humains.

Josée ne simule pas. Lorsqu’elle grimpe un glacier – le risque et la mort ne se mesurent pas toujours lors d’un stationnaire à flanc de paroi – elle le fait avec honnêteté et même avec Foi.

La Foi de celle qui s’acharne au souvenir de ces âmes.

De ces morceaux informes qu’elle peine à charrier, elle extrait, en les travaillant de tous ses yeux et de toute sa passion, des messages sublimes compris par tous ceux qui savent - pour les avoir affronté et vu – à quel point les drames de la montagne peuvent peser sur le destin des vivants.

Josée est l’une des nôtres. Elle n’est pas technicienne, c’est un témoin.

Regardez ce qu’elle fait, elle nous est indispensable…

 

René ROMET

Pilote d’hélicoptère
Président directeur général